Requalification de l’espace portuaire : modèle de réaffectation :
Les projets de reconversion urbanistique des espaces portuaires sont une conséquence des changements techniques dans les systèmes de transports. Les bateaux de transport de marchandises de plus en plus grands et rapides, et les systèmes de charge et décharge plus efficaces dans les ports, rendent obsolètes de grands espaces portuaires avec différents degré de centralité et qui, par conséquent, atteignent une grande valeur économique et urbanistique pour d’autres usages commerciaux, de loisirs et touristiques.
La recomposition des espaces portuaires délaissés ne peut se résumer à l'application d'un modèle précis. Chaque ville portuaire doit s'interroger sur la forme de réaménagement qu'elle veut et qu'elle peut mettre en oeuvre en fonction de ses propres caractéristiques (site, contexte socio-économique, moyens disponibles,...). L'enjeu est de trouver une stratégie adéquate afin d'optimiser au mieux l'espace en fonction de l'existant et d'une forte volonté de transformation et de développement.
Les espaces portuaires délaissés sont marqués par la présence de traces du passé, qui représentent autant de témoins de l'ancienne activité. La question est de savoir s'il faut faire entièrement table rase de ce passé, pour construire un nouveau système répondant aux exigences présentes et tourné vers l'avenir, ou s'il faut partir de ces traces et s'appuyer sur leur existence pour imaginer et créer de nouveaux modes d'usages.
L’espace portuaire, au cœur de la ville de Kenitra, représente un territoire stratégique en raison de sa localisation, des possibilités de redynamisation et de l’impact qu’engendrera son aménagement et développement sur les quartiers environnants, aujourd’hui profondément dégradés par le déclin du port.
Ce territoire est à l’articulation de la principale zone d’accès au centre ville, des zones d’activités économiques, tertiaires et administratives.
Ce territoire est localisé au cœur des principales composantes fonctionnelles de la ville :
- Le quartier Mellah (ancienne Méhdia), ainsi que la gare routière,
- Le centre ville ;
- Le secteur traditionnel des fonctions tertiaires (Municipalité, Chambre de commerce, banques…) ;
- L’ancien quartier industriel
Ce territoire présente tout aussi bien des handicaps : perte d’attraction, inconsistance, désinvestissement, obsolescence … que des atouts dont les principaux sont :
- Proximité du centre ville, du quartier administratif ;
- Disponibilité foncière offrant de réelles potentialités de développement urbain dans un site de grande qualité ;
- La présence d’anciens bassins portuaires, lieux de vie et d’animation naturels, susceptibles d’accueillir des évènements nautiques.
Ainsi, il faut prendre en considération une intégration entre le privé et le public, entre l’histoire du site et son avenir, entre l’environnement et le site lui-même et une partition de l’espace pour permettre un accès public aux lieux d’intérêt commun comme les rives et le plan d’eau. Quels sont alors les critères pour l’élaboration de projets d’aménagement de ce secteur ? Il s’agit de :
- La recherche d’un projet s’harmonisant avec l’environnement du site lui-même.
- Le choix d’un projet de réaffectation tenant compte de l’idée de continuité temporelle de la finalité du site dans le passé.
- Le choix d’un projet en fonction de sa contribution sur le plan social et économique. [1]
Devant la friche qu’offre l’espace portuaire de Kenitra, qui est en fait l’image de crise, les acteurs qu’en ont la charge doivent apporter des solutions. Ainsi, deux tentatives d’utilisations des espaces délaissés s’offrent. La première est l’implantation d’entreprises ou d’activités sur ces sites et la seconde est celle de port de plaisance. En ce qui concerne l’installation d’entreprises ou de nouvelles activités, il faut souligner l’évolution des critères d’implantation des entreprises, ces dernières années, vont au delà des données objectives, et prennent en compte d’autres critères qui aujourd’hui dominent pratiquement, il s’agit d’un certain nombre de données tenant à l’environnement, non plus seulement économique, mais étendu à des notions d’accueil.
Il en résulte que l’une des questions à se poser, face à un site portuaire délaissé, est de savoir si, en son état actuel, il apporte une réelle réponse à l’attente d’entreprises à la recherche d’une implantation. Le site portuaire de Kenitra réunit peu de facteurs favorables à de nouvelles implantations d’entreprises. Cela ne veut pas dire qu’il est impossible de localiser des entreprises dans le port, mais cela prouve que les potentialités d’implantation sont limitées et ne concernent que des secteurs d’activités particulières tel le commerce et les loisirs.
D’autre part, parmis les idées qui peuvent venir à l’esprit des urbanistes, est de transférer l’utilisation des quais et terre-pleins délaissés ou hangar, au bénéfice de la plaisance, considérée comme la solution au développement touristique.
Les loisirs nautiques sont une chance pour la ville. Le nautisme a en effet vocation à constituer un produit touristique d’intérêt national.
Développer les services et produits touristiques afin de rentabiliser les installations existantes, en proposant de nouveaux services. Le port de Kenitra doit devenir l’outil privilégie, le catalyseur de la stratégie du développement touristique.
Les objectifs de l’opération de requalification de l’espace portuaire et de l’interface ville-port sont d’abord, l’amélioration urbanistique de ces espaces qui se trouve abandonnés ou avec un activité portuaire très limité et qui, par leur centralité et leur relation avec la ville, présente une grande potentialité d’utilisation pour d’autres fonctions. Le deuxième objectif, très lié au premier, consiste à promouvoir directement des espaces marginaux présentant la possibilité d’y situer de nouvelles activités et, aussi, une grande capacité pour avoir une incidence positive sur les zones urbaines les plus proches.
Les opérations de reconversion aboutissent généralement à des succès. Le fait de passer d’un espace portuaire en crise, à des zones réhabilitées, avec des zone commerciales, des équipements culturels et de loisirs, de bonne connexions avec le centre urbain, aboutit à un succès économique et touristique.
Il faut que le port s’intègre dans la ville et en soit un élément nouveau, un quartier fréquenté par les habitants, où il fera bon circuler, s’arrêter, acheter, se distraire, en un mot où il fera bon vivre.
C’est ainsi que le port de Kenitra peut devenir un outil de développement et de ce fait son intégration urbaine sera mieux appréciée. La reconversion de l’espace portuaire évoluera d’une reconnaissance de la valeur du site aquatique à des aspirations qui en font le « joker » de la régénération urbaine et par la, ce site réaffirmera sa position centrale.
1- Aménagement des berges du Sebou :
La valeur du terrain se justifie en grande partie par la rente de situation, car ce terrain profite d’un espace public que sont les eaux du Sebou et de la proximité du centre ville.
Parler de l’intégration du port dans la ville ne peut se faire sans parler des berges du Sebou qui jusqu'à maintenant constituent les seuls accès libres de la population au fleuve.
Consciente de l’intérêt du fleuve du Sebou et de la place privilégie qu’occupe par rapport à la ville de Kenitra en constituant à la fois un élément du paysage naturel et urbain, un projet de plan d’aménagement sectoriel de la vie gauche du Sebou a été établi par l’agence urbaine de Kenitra.
1-1. Délimitation de la zone :
La zone d’étude se situe sur la rive gauche du Sebou ; elle est constituée de deux parties :
- La zone Est, délimitée par le port d’un côté et des clubs existants de l’autre.
- La zone Ouest, délimitée par la base aérienne et les clients privés existants.
Le site se présente sous une forme allongée en sespention, étroite à son début et large à sa fin.
Il est limite de part et d’autre par deux contraintes : le port fluvial d’un côté et la base militaire aérienne de l’autre ; ce qui réduit l’aire d’aménagement à une vingtaine d’hectares et une façade fluviale de 1,5 km de long.
L’existence de la voie ferrée et la route qui, toutes deux, longent le site, réduisent au maximum sa profondeur, ne dépassant pas les 350m dans sa partie la plus large.
1-2. Le parti d’aménagement :
Le projet d’aménagement de la rive gauche du Sebou, vise la valorisation de ce site tant délaissé malgré sa situation privilégié et son haut potentiel touristique. Pour ce faire, la zone d’aménagement constituera un point d’attraction pour la population de la ville de Kenitra.
L’aménagement prévu se présente sous une forme homogène, épousant la topographie du site. Il regroupe par ailleurs, des activités culturelles, touristique et de loisirs qui permettront de créer une animation et une dynamique importante.
1-3. Le principe d’intervention :
Zone 1 : le circuit de balade :
Cette zone incluse entre le port et les clubs privés existants recevra un circuit de balade qui épousera la différence de niveaux du site.
Ainsi, ce circuit sera constitué de deux parties reliées aux extrémités par deux places agrémentées de bassins d’eaux, de bancs et de palmiers.
Des escaliers et des petites esplanades à l’échelle de la balade viendront ponctuer ce circuit.
Parmi les aménagements proposés, il y aura des kiosques pour la vente des journaux, confiserie… ainsi que tout le mobilier urbain nécessaire : lampadaires, bancs, poubelles…
Zone 2 : Les équipements sportifs :
Ils sont destinés à recevoir les clubs de sports dont l’activité est liée au plan d’eau (voile, pêche, ski nautique…), deux clubs existent déjà sur le site renforçant ainsi la structure de cette zone.
Ces aménagements donnent directement sur le fleuve, avec un léger retrait qui pourra être aménagé pour faciliter les sorites en mer.
Cette zone sera accompagnée de cafés, de restaurants donnants directement sur fleuve.
Zone 3 : Les équipements de loisirs :
Cette zone va accueillir le River Club avec ses différents équipements :
- Salle de fêtes ;
- Salle de sport ;
- Cafés ;
- Restaurants ;
- Espaces de jeux libres ;
- Piscines ;
- Parkings.
Zone 4 : La corniche et les aménagements qui lui sont rattachés :
La corniche sera conçue dans l’esprit d’accentuer le lien avec le fleuve. A cet effet, elle est implantée au premier plan, et constitue le prolongement du circuit de balade.
A son centre, une place des festivités et une esplanade serviront d’espace d’animation pour les fêtes foraines en été de part et d’autre, les emplacements des stands réservés aux expositions temporaires longent la corniche et constituent à l’extrémité le carrefour des expositions.
Les cafés et restaurants donnent sur le carrefour d’expositions temporaires pour offrir plus d’animation à cet espace. Ces équipements sont implantés d’une manière oblique pour offrir un champ visuel élargi sur le fleuve ainsi que sur la corniche et les autres équipements du site.
Les aménagements à caractère culturel : salles de cinéma et espaces d’exposition jouxtant la place des festivités, constituent une continuité dans l’esprit de rencontre et de convergence qui règne dans cette zone de la rive.
Zone 5 : réservée aux jeux et sport :
Elle est constituée de deux parties séparées par la voie menant vers la base militaire.
La première partie est réservée à un espace de jeux privé pour enfants et un espace de jeux libres.
La deuxième partie est constituée de terrains de sports, un café avec terrasse et des toilettes et douches publiques.
Le prolongement de cette partie est aménagé sous forme d’un jardin qui contient l’emblème du site.
Les aménagements spécifiques consistent en :
- Des parkings au nombre de deux qui seront implantés sur le site.
- Des allées de palmiers qui viendront agrémenter le circuit de balade et les grands axes.
1-4. Les limites d’un tel aménagement :
L’aménagement des berges du Sebou ne peut se faire sans tenir compte de l’intégration du port dans cet aménagent. En effet, l’aménagement des berges doit supposer que l’activité du port s’arrête (aucune entrée sortie des navires), pour ceci et comme on l’a déjà souligné, l’espace portuaire doit connaître une requalification. Le projet d’aménagement des berges du Sebou propose des aménagements qui sont conforme donc aux solutions qui peuvent être apportés à la reconversion de la place portuaire et de ce fait peut facilement s’intégrer dans ce paysage, mais il faut noter certaines critiques :
- L’Oued Sebou constitue le lieu par excellence des rejets liquides domestiques et industriels qui ne cessent de polluer ses eaux et perturber son écosystème. Parler d’un aménagement des berges, pour un développement touristique du site ne peut se faire sans tenir compte de l’élément environnement. Le projet d’aménagent des berges ignore cette question. On se demande alors comment des projets touristiques peuvent être attractifs dans un milieu pollué.
- L’aménagement des berges va constituer un obstacle et une coupure physique privant les habitants de la ville d’un regard et d’un accès à l’eau (Oued Sebou qui constitue la seule respiration naturel du centre ville) et de plus va être réservé à une catégorie de population et de ce fait va priver une autre au moment où on parle de réconciliation et d’intégration.
- La voie ferrée qui longe le site ne permet pas de profiter d’un aménagement parfait. Le projet signale qu’une séparation doit être faite sous forme de muret. Signalons que cette voie n’est plus utilisée et que pour ce projet soit réalisé elle doit faire l’objet d’un déclassement.
Il est dés lors nécessaire que les autorités urbaines et les autorités portuaires entretiennent des partenariats car la voie de la coopération et du dialogue est la seule qui permette l’émergence de projets ambitieux au service de toute la collectivité : La seule qui permette au port et à la ville de vivre mieux c’est la clé de l’avenir de la plupart des villes portuaires aujourd’hui.
[1] DESHAIES Laurent : La reconversion des espaces abandonnés. 2000