Déclin de l’Activité portuaire :
Depuis des années, l’activité du port de Kenitra connaît un déclin qui ne passe pas sans marquer des traces à tous les niveaux. A quoi est donc due cette situation ?.
Le contexte historique de la création d’un port à Kenitra, avait placé la ville dans une situation favorable. D’abord, il n’y avait pas de port qui puisse porter ombrage au nouveau né, Casablanca n’étant alors qu’à ses débuts. Ensuite Kenitra se trouvait entre le point maritime le plus septentrional du Protectorat (Français), en contact avec la zone Espagnole. Enfin, vu l’état de l’infrastructure des communications au Maroc du début du siècle, Kenitra était le point le mieux situé pour alimenter un arrière pays qui s’étendait de l’océan Atlantique jusqu’à la frontière algérienne. Kenitra était ainsi le port naturel pour exporter les produits de ce vaste hinterland comprenant le GHARB, une région encore vierge aux grandes potentialités agricoles, une forêt celle de Maâmorra, à la production exportable, le marché national de l’époque ne devant absorber que très peu ou pas du tout de liège, le Saiss, l’une des grandes régions agricoles intérieures du pays, le Maroc oriental, producteur d’Alfa, de minerais et d’anthracite.
Créer un port à Kenitra se justifiait donc à cette époque. Il avait de quoi travailler, surtout dans le cadre colonial. La métropole absorbait productions agricoles et matières premières minérales et énergétiques des colonies et exportait vers ces dernières ses produits manufacturés. Or, en ces années du début du protectorat, tout était à importer pour la mise en chantier des projets de colonisation agricole ou industrielle. L’économie agricole indigène dégageait aussi des surplus exportables ou des produits en grande partie exportables.
La rupture du pacte colonial (mars 1956) amena un remodelement du paysage économique du Maroc. La frontière nord, séparant zone française, espagnole et internationale, est supprimée. Dans ce nouveau contexte, le premier concurrent de Kenitra vint du Nord. Tanger, autrefois ville marocaine sous statut international, réintégrée au territoire national, subit une période de marasme. Le port du Détroit doit donc chercher d’autres ressources pour compenser le manque à gagner. Les autorités nationales s’intéressent à son infrastructure, y créent une zone franche…. C’est dans ce cadre que Tanger put capturer une partie des marchandises transitant traditionnellement par Kenitra, en accordant certaines facilités financiers notamment. Le liège de la Maamorra et d’autres régions marocaines cessa d’emprunter le cours tortueux du Sebou. Cependant, la menace la plus grave vient du Sud ; car Casablanca ne tarda pas à drainer de plus en plus de produits habituellement exportés à partir de Kenitra.
Les problèmes de Kenitra sont ceux de tous les ports et de toutes les villes marocaines en général. Casablanca étouffe toute la vie économique nationale. Seule une spécialisation originelle à permis à certains ports de tenir devant elle. Parfois, la distance par rapport à Casablanca et certaines données locales ou conjoncturelles peuvent être favorable à un certain épanouissement économique. C’est notamment le cas d’agadir après 1975. or, quels sont, depuis l’indépendance les atouts de Kenitra ? Rien qui puisse lui donner une chance de pouvoir tenir devant Casablanca. Kenitra est avant tout le port d’une région agricole ou agro-industrielle, cette région offre avant tout des produits exportables ou à transformer et à commercialiser à l’intérieur du pays. C’est à dire le sucre de betteraves ou de canne. Or, dans tous ces cas, le passage par Casablanca est obligatoire ; c’est ainsi qu’une partie du sucre du GHARB est raffinée dans cette ville (par COSUMAR).
Tableau 17 : L’atout principal des ports Marocains
|
Villes
|
Tonnage global
|
Atout principal
|
|
Casablanca
|
13.195.809
|
Phosphates, commerces
|
|
Tanger
|
424.191
|
Porte sur l’Europe
|
|
Nador
|
614.397
|
Sidérurgie
|
|
Mohammedia
|
3.226.552
|
Pétrole
|
|
Safi
|
3.849.990
|
Pêche, phosphate
|
|
Jorf lasfar
|
904.080
|
Chimie
|
|
Kenitra
|
348.953
|
|
|
Agadir
|
814.752
|
Pêche, primeurs
|
|
Ports sahariens
|
753.224
|
Ravitaillement, pêche
|
Source : ODEP, situation au 39-09-86.
4-1. Causes de disparition ou de réduction du trafic de marchandises
4-1-1- Produits à l’exportation :
La chute du trafic du port de Kenitra a principalement touché les exportations. C’est à ce niveau que l’on relève aussi la plus importante disparition des marchandises du trafic du port de Kenitra.
- Les exportations d’anthracite ont débuté en 1977 avec 28.500 T, se sont accrues pour atteindre 50.284 T en 1984 et se sont arrêtées en 1987 avec 14.976 T. En 1988 et 1989, il y a eu des exportations de charbon mais le tonnage a été de 2.300 T pour cette dernière année ;
- L’anthracite et le charbon étaient chargés par benne au poste 10 affecté à ce trafic. Ce poste ne fonctionne plus depuis 1989.
L’arrêt de ce trafic s’explique par l’arrêt des exportations de charbon à l’échelle nationale. La demande en charbon n’a cessé de se développer. La production nationale en baisse a engendré un flux croissant d’importation de charbon par les ports de Casablanca, Agadir, Nador et bientôt Jorf Lasfar.
- La mélasse, sous-produit des sucreries, a été exportée en vrac liquide par le port de Kenitra pendant cinq ans, entre 1981 et 1986.
Le tonnage moyen durant cette période a été de près de 16.000 T avec un maximum de 21.681 T enregistré en 1984.
Le trafic de la mélasse a été détourné du port de Kenitra vers celui de Mohammedia où la mélasse est stockée avant d’être vendue en prix FOB aux acheteurs alors qu’elle était vendue en prix de vente usine à ces derniers qui chargeaient les transitaires de l’enlèvement de l’usine et la livraison au navire à Mehdya.
- Le vin en vrac, dont le tonnage à l’exportation a atteint 21.377 T en 1973 a disparu du trafic du port de Kenitra avec le quasi-arrêt des exportations de cette marchandise. On enregistre encore un faible tonnage d’exportation du vin en vrac (2.441 T en 1990) à partir du port de Mohammedia.
- Le liège, le Kharoube, les conserves, les produits agricoles en silo (légumineuses), l’alfa et le crin végétal ont disparu du trafic du port de Kenitra en raison du mode de conditionnement. Ces marchandises sont exportées en conteneurs.
- Certaines marchandises ne passent plus par le port de Kenitra car elles sont exportées en petites quantités et peuvent être expédiées en groupage dans un même conteneur avec d’autres marchandises ; c’est le cas des pièces de recharges.
- La baisse du trafic des minerais est due en grande partie à la baisse des exportations de plomb et de la calamine à partir du port de Kenitra.
* L’exportation du plomb est en croissance pendant la dernière décennie, en baisse à partir de Kenitra et en hausse à partir du port de Nador.
La fermeture des gisements miniers de Zeïda et Aouli dans la province de Khénifra, dont la production était exportée par le port de Kenitra exclusivement, peut expliquer la réduction de l’exportation de ce minerai par Kenitra.
* L’exportation du zinc est en croissance pendant la dernière décennie. La baisse enregistrée au port de Kenitra pendant les deux dernières années est accompagnée d’une hausse des exportations par le port de Safi. Ceci peut être expliqué par la baisse de la production de la CADETAF (Tafilalet) et par l’apparition de nouvelles exploitations de zinc SOMITE (Azilal).
* La Calamine est un minerai exporté exclusivement de Kenitra. Le trafic de ce minerai est donc dépendant de la production et de la demande et des cours sur les marchés internationaux.
Après avoir connu durant les premières années d’exportation (1984-1985-1986) un tonnage moyen à l’exportation de 20.774 T, le trafic de Calamine s’est rétracté pour se stabiliser à près de 8.400 T entre 1987 et 1990.
4-1-2- Produits à l’importation :
Comme souligné plus haut, certains produits ont disparu du port de Kenitra pour des raisons de conjoncture. Ils ont représenté un tonnage du trafic sur quelques trois ou quatre années. De tels produits même si leur tonnage a pu être important ne doivent pas être pris en considération dans le trafic potentiel du port.
Quelques produits agricoles ont été importés durant la période de sécheresse (céréales, aliments de bétail) ou les années suivant la sécheresse, notamment les génisses pour la reconstitution du cheptel.
Quelques produits ont constitué aussi un trafic ponctuel durant la période 1971-1990 mais il n’a pas été possible d’en expliquer l’apparition, ni la disparition.
C’est le cas notamment de l’amiante, du riz.
- Les rondins et coupeaux de bois ont été importés à raison de 48.315 T en 1986, 165.673 et 26.018 T en 1988. Ces importations sont destinées aux papeteries. Elles s’expliquent par un déficit de l’offre sur le marché intérieur en bois par rapport à la demande des papeteries. Ce sont ces dernières qui ont été obligées de recourir aux importations.
Les importations ont été faites par cargaisons de 3.000T durant les trois années. Depuis cette date elles se font par cargaisons de 10.000T. Les navires transportant un tel tonnage ne peuvent accéder au port de Kenitra. Ils déchargent à Casablanca.
- Le port de Kenitra n’a connu le trafic de conteneur qu’en 1987. Le trafic n’a pu se développer dans ce port car il n’a pas été possible de regrouper un tonnage en conteneur pour une même destination et pour une même date d’exportation pouvant justifier le passage d’un navire par Kenitra. Il faudrait un minimum de 400 T selon la COMANAV pour rentabiliser un tel passage, même pour un navire balai faisant le cabotage entre Kenitra et Casablanca par exemple.
4-2. Faiblesses des caractéristiques techniques et portuaires :
4-2-1- Contraintes d’accès :
Les caractéristiques techniques et portuaires imposent plusieurs contraintes à l’accès au port :
- La longueur maximum des navires est limitée à 115 m le jour et 90 la nuit en raison de la courbure du chenal ;
- Le tirant d’eau maximum des navires pouvant être reçus au port varie de 4,30 m pendant les périodes de morte-eau à 5,40 m pendant les périodes de vive-eau ;
- Les conditions d’accès sont difficiles à l’entrée de l’oued en raison de la marée et de la barre à franchir en hiver. Le port n’est pas accessible 12 à 20 jours en moyenne par an.
Les différents problèmes physiques auxquels est soumis le port de Kenitra, non seulement limitent l’accès des grands navires, mais portent atteinte à l’image de marque du port. Les armateurs émettent des réserves à son utilisation.
Les craintes pour les opérations qui doivent se faire l’hiver, amènent les armateurs à majorer les taux de frêt pour les clients demandeurs.
Ceci a pour conséquence le détournement du trafic à un autre port.
4-2-2- Infrastructures et installations :
Un dragage important régulier du chenal (5 à 600.000 m3 par an), permet de maintenir le niveau des tirants d’eau, mais il est également nécessaire de remédier aux problèmes d’envasement de quais, qui engendrent parfois une déstabilisation de navires en poste à quai. Deux postes à quai Sont d’ailleurs totalement endommagés.
Le poste de minerais a été construit en deux phases. Le premier quai a été construit en 1912 et est nommé (poste Dubreuil). La structure de ce quai est principalement faite de poutres et colonnes en béton armé sur lesquelles repose une dalle de béton. Des rails sont placés sur cette partie du quai et sont situés à la limite de la zone condamnée. L’état des colonnes et des poutres est complètement vétuste et délabré, avec de nombreuses membranes et colonnes cassés et détruites.
Depuis sa construction il y a 90 ans, aucun travail de réfection ou d’entretien n’a été réalisé. Cette partie du quai est maintenant condamnée à cause de son état de dégradation très avancée.
L’autre partie du quai est composée de deux structures construites en cellules de palplanches d’acier surmontées d’une dalle en béton. Une partie de la dalle en façade du quai est également supportée par des pieux en béton armé. Plusieurs de ces pieux sont brisés au niveau de la zone de marnage. L’acier de palplanche est très corrodé. Une section de ce mur, à la limite des deux postes est complètement brisée.
Le quai est partiellement envasé en partie sur une longueur de 100 m environ à l’amont du quai en palplanches. Il y a plusieurs années
[1], le courant des crues annuelles nettoyait la vase qui pouvait s’accumuler devant le quai. Mais depuis la construction du barrage en amant, les courants ne sont plus assez intenses pour nettoyer l’envasement auprès du quai. Le fond marin est visible à marée basse, et cette situation est probablement cause de l’abandon de cette infrastructure.
Les équipements et installations n’ont pas évolué pour faire face au trafic, en effet :
- Dans les années 1980, le port de Kenitra était un port à vocation exportatrice de céréales. Or, le cœur de l’activité du port a cessé de battre lorsque le silo à grains d’une capacité de 120.000 tonnes qui se situe dans l’enceinte portuaire a été abandonné. Ce silo était doté d’une bande transporteuse qui le relie avec les quais. Cette bande a été démontée.
- Le chai à vin servant autrefois à l’exportation des vins est désaffecté.
On peut noter également le manque de hangars ou d’entrepôts adéquats pour certains produits tels que les hangars équipés pour le bétail et les entrepôts frigorifiques pour les agrumes.
4-3. Problèmes institutionnels et procéduriels :
4-3-1- Organisation du port :
4-3-1-1. Autorité portuaire :
Le port de Kenitra relève de la direction des ports et est placé sous l’autorité de la Direction Provinciale des Travaux Publics qui est lui-même représenté par le Directeur du port. L’ODEP, organisme public à caractère industriel et commercial doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière, est chargé de la gestion du port de Kenitra. Il assure :
- La maintenance des terre-pleins, voiries, voies ferrées réseau d’eau, d’électricité et assainissement dans l’enceinte du port ainsi que la maintenance des voies d’accès terrestres portuaires ;
- La construction et la maintenance des magasins et bâtiments, la maintenance des ouvrages d’accostage ;
- Le pilotage, lamanage et avitaillement des navires ;
Contrairement aux autres ports à vocation commerciale où l’aconage à terre est assuré par l’ODEP, il a été institué un aconage libre au port de Kenitra. La manutention et le magasinage des marchandises sont effectués par des privés.
L’intervention de l’ODEP se limite à la location du matériel de manutention (grues, élévateurs, tracteurs…) ainsi que la location du matériel pour la reprise des marchandises à partir des magasins.
Les aconiers sont entrepreneurs spécialisés de manutention maritime. Ils sont chargés des services d’aconage, de manutention et de magasinage. Leur activité est réglementée selon les conditions suivantes :
1. Le travail se fait selon 2 Shifts, 7H à 15H et 15H à 23H.
2. L’aconier utilise pour ses opérations de manutention une main d’œuvre spécialisée qui bénéficie de rémunération et d’avantage sociaux acquis.
3. L’aconier loue auprès de l’ODEP les engins adéquats pour les opérations de manutention. Pour le stockage des marchandises, il loue les magasins et terre-pleins dont il a besoin.
4-3-1-2. Faiblesse de l’organisation portuaire :
La particularité de l’organisation du port de Kenitra réside dans son régime d’aconage libre.
Ceci engendre deux conséquences importantes :
4-3-1-2-1. Double intervention de l’aconier et de l’autorité portuaire dans les problèmes de manutention
En effet, l’aconier est responsable des opérations de chargement, déchargement et magasinage de marchandises, mais il loue le matériel, les magasins et entrepôts auprès de l’ODEP, il utilise également pour cela une main-d’œuvre dont l’effectif à la constitution des équipes est imposé, et dont il est obligé de satisfaire la rémunération et les avantages sociaux acquis.
Les aconiers se plaignent de dépendre, dans l’accomplissement de leur tâche, de plusieurs paramètres qu’ils ne maîtrisent pas. Ils se plaignent de l’état du matériel mis à leur disposition ; ils jugent nécessaire d’avoir des bennes en quantité suffisante pour le traitement des minerais et des engrais en vrac, et de disposer d’une grue opérationnelle pour la manutention des conteneurs.
L’ODEP de son côté estime avoir un parc de matériel suffisant et faire des efforts importants pour la répartition et l’entretien du matériel existant. Celui-ci est d’ailleurs à son avis sous-utilisé par les aconiers qui louent moins de matériel qu’il n’en faut pour une opération donnée.
La location des grues et engins de manutention est facturée par vacation. Toute vacation commencée est due en entier. Néanmoins, lorsqu’il y a terminaison du navire et que la vacation ne dépasse pas quatre heures, le matériel est facturé pour une demi-vacation.
La main d’œuvre est plus chère à Kenitra qu’à tout autre port du Maroc. Le nombre de dockers dans l’équipe est élevé. Il atteint parfois 27 personnes. Les dockers volants exigent des primes auxquelles n’ont droit que les permanents. Les autorités soutiennent leurs revendications pour éviter des problèmes sociaux. Le tarif moyen journalier de la main d’œuvre atteint selon les aconiers 90 DH par personne. Le coût élevé qui en résulte, grève le coût de passage de la marchandise.
Il est à signaler également que pour la reprise des marchandises à Kenitra, les aconiers louent le matériel auprès de l’ODEP. La location du matériel et engins est facturée selon un tarif établi. Les aconiers estiment que la reprise revient moins chère à Casablanca où la location de matériel est libre et se fait auprès d’entreprises privées qui proposent des tarifs plus intéressants.
4-3-1-2-2. Double fonction de l’acconier
Les entreprises d’aconage peuvent exécuter les opérations d’aconier, transitaire, agent maritime et stevedore au port Kenitra. Ils représentent dans ces fonctions l’intérêt du client et de la marchandise.
Ils sont assez souvent également consignataires et même armateurs.
Il arrive que la même entreprise soit consignataire du navire pour lequel elle assure la manutention de la marchandise. Elle représente alors des intérêts divergents. Ceci se répercute sur :
- Les temps de travail ; les frais du consignataire étant proportionnels aux durées de séjour a quai, l’entreprise a tout intérêt à faire travailler un nombre de mains plus faible pendant plus de Shifts ;
- Les coûts ; les limites ne sont pas claires entre les frais à imputer à la manutention de la marchandise et au frêt.
La fonction de consignation assurée par des aconiers n’est pas toujours bien assurée, selon les autorités portuaires. Il en a résulte des petits problèmes d’organisation très néfastes à l’image de marque du port chez les armateurs.
En particulier, certaines arrivées de navires n’ont pas été signalées suffisamment à l’avance à la direction des ports, ce qui a engendré de la précipitation et du retard.
Ces problèmes d’organisation se traduisent par une augmentation des temps de séjour des navires et se répercute immédiatement sur les frais d’escale et de passage.
4-3-1-2-3. Autres problèmes organisationnels :
Le port de Kenitra souffre également des temps d’attente dus à la lourdeur de procédures.
On a par exemple, l’image de marque négative des services de la douane de Kenitra chez les clients. Ceux-ci préfèrent passer par Casablanca pour les grandes opérations, pour lesquels ils pensent que les services de la douane à Casablanca, sont plus habitués et que les procédures sont moins lourdes.
4-3-2- Conditions d’exploitation des navires de commerce :
4-3-2-1. Arrivés, temps de séjours :
L’analyse a porté sur les navires arrivés au port pendant l’année 1991.
Le nombre total de navires arrivées pendant cette période est de 217. Le tonnage moyen est de 1198 tonnes.
Les indicateurs calculés sont les suivants :
- Intervalle d’arrivée moyen = 1,73 jours ;
- Temps de séjour sur rade moyen = 0,77 jours ;
- Temps de séjour à quai moyen = 2,67 jours.
Les temps de séjour des navires sont relativement plus élevés pendant la saison hivernale.
Le temps de séjour sur rade présente une moyenne d’environ 1,65 jours au mois de Janvier. Et le temps de séjour à quai moyen dépasse 3,2 jours.
Par contre, au mois de juillet, le temps de séjour sur rade moyen n’atteint pas 0,3 jours et le temps de séjour à quai moyen 1,7 jours.
4-3-2-2. Rendements :
Les rendements des principaux produits sont calculés sur l’échantillon de navires arrivés pendant l’année 1991.
Pour le divers, le rendement est de 435 T/j à Kenitra, il est comparable à celui de Tanger (400 T/j) et plus faible que celui de Casablanca (600T/j).
Par contre, le rendement de 543 T/j pour les minerais paraît faible.
4-3-2-3. Taux d’occupation :
En se basant sur les arrivées de l’année 1991, le taux d’occupation moyen des postes à quai est de l’ordre de 19%.
[2]
C’est un taux d’occupation faible en comparaison avec le taux calculé pour le port de Tanger et qui est 24%.
Les taux d’occupation des différentes postes année par année sont fournis dans le tableau suivant :
Tableau 21 :Taux d’occupation des postes à quai
|
poste
|
1986
|
1987
|
1988
|
1989
|
1990
|
|
3
|
27%
|
18%
|
16%
|
8%
|
12%
|
|
4
|
48%
|
33%
|
53%
|
54%
|
40%
|
|
5
|
22%
|
36%
|
27%
|
23%
|
18%
|
|
6
|
46%
|
37%
|
29%
|
18%
|
31%
|
|
7
|
47%
|
43%
|
53%
|
36%
|
35%
|
|
8
|
34%
|
29%
|
30%
|
29%
|
29%
|
|
9
|
52%
|
40%
|
54%
|
38%
|
56%
|
|
10
|
26%
|
19%
|
18%
|
35%
|
3%
|
|
Silo
|
20%
|
16%
|
|
|
|
|
Mehdya
|
50%
|
29%
|
34%
|
18%
|
22%
|
|
Appt. Pétrolier
|
10%
|
11%
|
11%
|
14%
|
11%
|
|
Total
|
35%
|
28%
|
32%
|
27%
|
26%
|
Les postes 1 et 2 ne travaillent pas car le quai est endommagé.
Le silo étant équipé d’une bande transporteuse qui ne fonctionne qu’à l’export. Le poste silo n’a pas fonctionné depuis 1988 et la bande a été démontée.
Les taux d’occupation ont connu une baisse importante pour l’ensemble des autres postes. Ils avaient plus que 50% pour certains postes à l’année 1986.
4-3-3-Tarification et coûts :
Les coûts classiques résultant d’une opération de livraison de marchandises au port sont répartis entre le navire et la marchandise.
4-3-3-1. Frais relatifs aux navires :
Les frais payés par le navire sont appelés les frais d’escale/ ils regroupent tous ceux que le navire supporte entre le moment où il prend son pilote pour entrer dans le port jusqu’au moment où il le relâche. Les dépenses sont engagés par le consignataire et sont liées aux opérations suivantes :
- Pilotage ;
- Remorquage ;
- Lamanage ;
- Occupation du poste à quai ;
- Eventuelle intervention d’un courtier maritime ;
- Frais propres du consignataire ;
- Certains frais de manutention répercutés sur le navire ;
- Frais de location d’outillage.
Les frais de manutention sont répartis par le consignataire en fonction des usages portuaires, de la politique des conférences et de la politique commerciale de l’armateur entre le navire et marchandise.
Le consignataire répercute les frais d’escale à l’armateur qui ne les transmet pas directement aux chargeurs mais qui en tient compte pour calculer ses taux de fret.
Il est intéressant d’évaluer et comparer les frais d’escale à Kenitra et dans les ports concurrents afin de comprendre l’attitude des armateurs vis à vis du port de Kenitra.
Les tarifs de base sont présentés au tableau 22
Tableau 22 :Tarifs à la base des frais d’escale[3]
|
|
Kenitra
|
Casablanca et Tanger
|
|
Pilotage
|
0,218 DH/TJB en zone 1
|
Entrée : 0,148 DH/TJB l’entrée
|
|
|
0,115 DH/TJB en zone 2
|
Tarifs selon TJB à partir de 1.071 DH
|
|
Remorque
|
Pas de remorqueur actuellement
|
Tarifs selon TJB à partir de 1.071 DH
|
|
Lamanage
|
|
|
|
- Mise à quai
|
0,87 DH/ml
|
|
|
- Amarrage
|
16,99 DH
|
3 DH/ml si longeur <120 ml et 3,5 DH/ml si longueur>120 ml.
|
|
- Désamarrage
|
10,84 DH
|
|
Droits de port
|
|
|
|
- Droits de stationnement armateurs étrangers
|
|
|
|
*pour TJB < 1000 T
|
0,0792 ECUS/TJB/J
|
0,093 ECUS/TJB/J
|
|
*pour TJB > 1000 T
|
0,0449 ECUS/TJB/J
|
0,0501 ECUS/TJB/J
|
|
- Armateurs nationaux :
|
|
|
|
*pour TJB < 1000 T
|
0,73 DH/TJB/J
|
0,89 DH/TJB/J
|
|
*pour TJB > 1000 T
|
0,43 DH/TJB/J
|
0,48 DH/TJB/J
|
|
- Droits de mouillage
|
¼ droit de stationnement
|
¼ droit de stationnement
|
|
Droits sur marchandises
|
Identiques à
|
Casablanca et à Kenitra
|
Source : CID 1992
Tableau 23 :Eléments comparatifs de frais d’escale
Calculés pour un cas de navire type (en DH)
Le cas choisi présente les caractéristiques moyennes des navires arrivés à Kenitra pendant l’année 1991.
TJB = 1.306 T.
Longueur = 73 T.
|
|
Kenitra
|
Casablanca
|
|
|
870
|
328
|
|
Remorquage
|
|
1.606
|
|
Lamanage
|
91
|
219
|
|
|
|
|
|
- Stationnement.
|
1.499
|
3.134
|
|
- Mouillage
|
375
|
784
|
Droits sur [6] marchandises
|
1.890
|
1.890
|
|
Total de ces coûts
|
|
|
|
Remorquage non compris
|
4.725
|
6.355
|
|
Remorquage compris
|
4.725
|
7.961
|
Source : CID 1992
- Pour Kenitra, les tarifs de pilotage sont définis selon les zones où se trouve le poste d’arrivé afin de tenir compte des difficultés d’accès.
Lorsque l’état de la mer conduit à consigner le port et que la sortie est autorisée, le navire peut amener le pilotage jusqu’à un autre port moyennant un tarif supplémentaire (112,15 DH à 189,46 DH).
Le calcul des frais de pilotage engendrés pour un cas type (navire ayant un TJB de 1.468 T), montre que ces frais sont plus élevée à Kenitra qu’à Casablanca.
- Les tarifs de lamanage ne sont pas très élevés à Kenitra. Le remorquage ne se fait pas à Kenitra ;
- Les droits de port sont plus avantageux à Kenitra. Ceci est certainement une mesure d’encouragement des autorités portuaires ;
- Les droits sur marchandises sont les même dans tous les ports du Maroc.
Le calcul de ces éléments de frais pour un navire type, montre qu’à Casablanca les frais d’escale sont plus élevés. Ceci est dû en grande partie aux droits de douane plus élevés à Casablanca à cause des temps de séjour.
A ces éléments de frais, il faudrait rajouter les éléments suivants :
- Les frais propres aux consignataires. Ces frais sont en grande partie proportionnels aux temps de séjour des navires ;
- Les frais de manutention. Il est difficile de savoir quels sont les frais de manutention répercutés sur le navire. Au port de Kenitra, les aconiers représentent souvent le consignataire en même temps que leur rôle d’aconier. Ils ont alors toute latitude pour faire supporter au navire ou à la marchandise les frais de stevedoring et d’aconage. On supposera néanmoins dans ce qui suit, que ces frais sont supportés par la marchandise.
4-3-3-2. Frais relatifs à la marchandise :
Les frais payés par la marchandise depuis son arrivée par moyen de transport jusqu’au moment où elle est déposée dans la cale du navire lors d’une opération export, et l’inverse à l’importation, sont appelés frais de passage.
Les frais de passage sont supportés par les clients. Ils sont constitués des frais suivants :
- Stevedoring ;
- Aconage et petites manutentions ;
- Reprises ;
- Douane ;
- Permission de transit.
Il est difficile d’évaluer ces frais à Kenitra ; l’aconage étant libre les prix sont négociés directement avec les clients. On peut néanmoins comparer certains de ces frais, dans les différents ports, pour des marchandises types transitant fréquemment par Kenitra.
- Les tarifs de stevedoring sont fixés par l’association des stevedores, agents maritimes et consignataires de navires ;
Les tarifs de stevedoring sont les mêmes dans les différents ports. Ils ne sont donc pas à prendre en compte dans la comparaison des coûts de passage.
- Les tarifs d’aconage sont fixés à Kenitra par l’association des agents maritimes, stevedores, aconiers et transitaires du port de Kenitra. Ce sont alors des tarifs de référence par rapport auxquels les tarifs appliqués restent libres et négociés directement entre l’aconier et le client. Les tarifs d’aconage pour l’ensemble des autres ports sont fixés par l’ODEP qui assure cette opération.
Tableau 24 :Tarifs comparatifs de manutention (DH/T)
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Port
Produit
|
Kenitra
|
Tanger
|
Casablanca
|
|
Aconage
|
stevdoring
|
Aconage
|
stevdoring
|
Aconage
|
stevdoring
|
|
Pâte à papier
|
23,75
|
|
17
|
41
|
21,50
|
41
|
|
Engrais en sac
|
16,15
|
15 à 16
|
15
|
29,50
|
19
|
29,50
|
|
Engrais en vrac
|
13,17
|
16
|
12
|
20,50
|
15,50
|
20,50
|
Source : CID 1992
Tandis que les tarifs d’aconage des engrais sont légèrement plus faibles à Kenitra qu’à Casablanca, les tarifs de la Pâte à papier sont plus élevés. Ceci peut être expliqué par l’attitude commerciale des aconiers qui facturent plus cher les produits plus assurés.
D’autres frais sont pris en compte dans les frais de passage ; on peut citer :
- Les frais de reprise.
La reprise est assurée par les aconiers qui louent le matériel auprès de l’ODEP.
- Les frais de dédouanement, de magasinage et la taxe ad valorem, qui ne dépendent que du type de marchandise.
En plus des frais de passage, les clients supportent les frais de transport terrestre qui dépendent de l’éloignement au port et du mode de transport utilisé.
Le tableau 25 présente les tarifs appliqués par l’Office National de Transport.
Tableau 25 :Tarifs appliqués par l’ONT
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Catégorie
|
Nature de la voie
|
Prix de la tonne x km (en DH)
|
|
1
|
Route de plaine
|
0,5792
|
|
2
|
Route moyennement accidentée/piste facile
|
0,6950
|
|
3
|
Route de montagne/ piste de moyenne difficulté
|
0,8688
|
|
4
|
Piste difficile/piste de montagne
|
0,9846
|
|
5
|
Piste très difficile
|
1,3032
|
Source : CID 1992
Sur la base des tarifs d’aconage et de stevedoring présentés au tableau 24 et des tarifs de transport ONT (tableau 25), les différentiels de coût (passage au port + transport terrestre) pour deux cas type de marchandises sont comme suit : 1000 T de Pâte à papier en provenance de Kenitra et 1000T d’engrais destiné à Meknès.
Le calcul montre que dans les deux cas les coûts restent élevés à Casablanca et à Tanger à cause des coûts de transport terrestre, et malgré des coûts de manutention des fois plus faibles.
Tableau 26 :Eléments comparatifs de frais de passage et de transport
terrestre calculés pour des cas types (en DH)
1er cas : 1000 T de pâtes à papier – provenance : Kenitra
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Ports
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|
Kenitra
|
Casablanca
|
Tanger
|
|
Aconage
|
23.750
|
21.500
|
17.000
|
|
Stevedoring
|
41.000
|
41.000
|
41.000
|
|
Transport
|
64.750
|
75.875
|
136.691
|
|
Total
|
129.500
|
138.375
|
194.691
|
|
Différentiel/Kenitra
|
|
73.625
|
129.941
|
2ème cas : 1000 T d’engrais en vrac – Destination : Meknès
|
|
Ports
|
|
Kenitra
|
Casablanca
|
Tanger
|
|
Aconage
|
13.170
|
15.500
|
12.000
|
|
Stevedoring
|
16.000
|
20.500
|
20.500
|
|
Transport
|
75.296
|
132.637
|
166.230
|
|
Total
|
104.466
|
168.637
|
198.730
|
|
Différentiel/Kenitra
|
|
64.171
|
94.264
|
Source : CID 1992
Les coûts de passage ne sont donc pas des éléments déterminants dans le détournement du trafic.
Les coûts restent avantageux à Kenitra pour son hinterland (Kenitra, Meknès, Fès…).
Les coûts d’escale ne sont également pas désavantageux pour Kenitra et ne peuvent expliquer la réticence des armateurs desservir ce port.
Cependant, si d’autres problèmes techniques (technique, organisationnels etc…) sont amenés à être éliminés, l’amélioration des coûts serait un élément encourageant et déterminant dans le recaptage du trafic.
4-3-4 Le manque d’un lobby Kénitréen :
Actuellement, la cellulose du MAROC, face au manque de bois, est obligée d’en importer. Ce fut d’abord de la péninsule Ibérique, puis à partir des pays Sud-Américains ou de l’Afrique Equatoriale. Les importations se faisaient par Kenitra pour le Portugal et l’Espagne. Mais à partir du moment où le bois venait de l’hémisphère Sud, la tentative de faire arriver ce bois directement à Kenitra échoua devant l’intervention du lobly Cablancais. Ce dernier a pour lui, entre autres raisons pour que le bois transite par Casablanca, la taille des bateaux et leur volume des cargaisons. Or le port de Kenitra est toujours confronté à ses difficultés physiques. Dans ces conditions, le bois arrive, à Kenitra, de Casablanca par voie ferré, et transite par le port pour des raisons douanières. Ce bref passage, avant de reprendre le chemin de Sidi Yahya, toujours par voie ferrée, aura tout de même procuré quelques rentrées dans les caisses du port.
« Cet épisode du bois pour la cellulose illustre, à nos yeux, la carence seconde de Kenitra en tant que port et aussi en tant que ville, à savoir le manque d’un lobby pour défendre ses intérêts ».
[8]
[1] : INGEMA, diagnostic et programme d’action : le port de Kenitra Mehdya, juillet 2001.
[2] : On admet 300 jours de travail par an, soit 75 jours pour les 3 mois de l’échantillon, et on calcule le taux d’occupation sur la totalité des postes utilisés, dont l’appontement pétrolier et le poste à minerai de Mehdya.
[3] : Tarifs ne tenant pas compte des exonérations, réductions et suppléments.
[4] : Poste située à la zone avale de « la pointe du raison », coût calculé pour l’entrée et la sortie.
[5] : Pour armateurs nationaux.
Le temps de séjour à quai moyen est pris à 2,67 jours à Kenitra et à 5 jours à Casablanca (ordre de grandeur).
[6] : En supposant que le navire transporte 1000T de minerais.
[7] : Estimé égal au tarif de stevedoring dans les autres ports.
[8] : Moktar BELARBI, Kenitra au Gharb Thèse d’état lettres 1991, P.107.